17/10/2018 - 05/02/1440 | 0522475281 | info@ecolia.ma

Hyperactivité "J’ai 8 ans, et j’ai été chassé de l’école"

Hyperactivité "J’ai 8 ans, et j’ai été chassé de l’école"

Difficilement gérables et incompris, les enfants hyperactifs sont rejetés par leur entourage familial et par leurs camarades. A l’école, ils sont souvent victimes de violences. Impuissants devant leur cas, peu sensibilisés et peu formés, leurs profs optent pour le châtiment corporel

Jusqu’à vendredi dernier, Amine, 8 ans, ne savait pas encore s’il allait enfin avoir une place à l’école. Vingt jours après la rentrée des classes, l’enfant est toujours dans l’expectative. Ses parents, analphabètes et un peu désorientés, ne savent plus vers quel saint se vouer.

Amine, aux yeux pétillants et pleins de vie, est un enfant comme les autres. Sa seule particularité, c’est son hyperactivité, mais aussi sa frappante intelligence. Son trop plein d’énergie le pousse à bouger plus que la moyenne des enfants de son âge. Incommodant pour des écoles non sensibilisées à son cas, et surtout insensibles à son sort, il subit rejet sur rejet. Du haut de ses huit ans, il a déjà été renvoyé à maintes reprises.

Faute d’être accepté, il a passé toute une année chez lui à Hay Hassani, à Casablanca, à ne rien faire. «Il était triste de rester à la maison. En regardant d’autres enfants du quartier aller et revenir de l’école, il n’arrêtait pas de pleurer et de nous demander de l’y emmener», confie son père, Brahim, la mort dans l’âme.

Dès l’âge de 3 ans, Amine a été placé dans un jardin d’enfants, à 100 DH par mois. Il était un peu turbulent, mais gérable. «En rentrant à la maison, il nous disait que la maîtresse le frappait», déplore sa maman. A 5 ans, il est inscrit dans une école privée, près de chez lui, où il passe deux ans. Sa deuxième année était celle du CP. «Même si l’école l’a gardé, il n’a pratiquement rien appris. Il passait son temps à se déplacer de classe en classe, et à jouer dans la cour», regrette sa maman.

«A la fin de l’année, la directrice nous a signifié qu’elle ne pouvait plus le garder et qu’il fallait partir ailleurs», poursuit-elle. Contactée par L’Economiste, l’Education nationale assure pourtant qu’aucune école, même privée, n’a le droit de renvoyer un élève en raison de son handicap. L’hyperactivité fait justement partie de la liste des handicaps retenus par le ministère.

La maman de Amine tente ensuite de l’inscrire dans une école publique à El Oulfa, en vain. Le directeur prétexte un manque de places. Curieuse réponse pour un établissement public, censé assurer une place à tous les enfants. Dépitée, la maman se dirige vers une autre école privée à Hay Hassani. La directrice accepte de l’inscrire, et encaisse les frais d’inscription et d’assurance. Après tout juste une semaine, elle décide de le renvoyer, sans pour autant rendre l’argent payé.

«Avec Amine nous revenions de chez un médecin spécialiste, avec une attestation  prouvant qu’il pouvait être scolarisé comme tous les enfants de son âge. La directrice nous a bloqués à l’entrée. Je l’ai suppliée de le garder au moins jusqu’à la fin de la matinée pour ne pas le traumatiser, car il voulait absolument rentrer. Elle n’a pas accepté. Amine est resté pleurer devant la porte, et moi avec lui», raconte la maman avec regret.

Retour ensuite dans une deuxième école publique à Hay Hassani. Là encore, le directeur le refuse, après avoir eu connaissance de son cas. Découragée, la maman perd espoir. L’enfant passe ainsi une année chez lui, et rate deux saisons scolaires.

Heureusement que les ONG existent!

Pour cette rentrée 2018-2019, le père, sous l’insistance de son fils, se dirige vers des écoles publiques. La première refuse, expliquant que l’Académie régionale fixe un nombre précis d’élèves par classe au CP à ne pas dépasser (une trentaine), et qu’elle ne pourrait accueillir Amine.

Le père entend ensuite parler d’une autre école publique à Hay Hassani, abritant le centre d’une ONG, l’Association marocaine des troubles et difficultés d’apprentissage (AMTDA), qui prend en charge les enfants comme Amine. Il s’y dirige plein d’espoir, car l’enfant pourrait être à la fois scolarisé et traité par les experts de l’association. Là encore, c’est la déception.

La directrice refuse l’enfant, avançant qu’elle n’a plus de place au CP. L’ONG, de son côté, l’oriente vers l’une des rares écoles privées à Casablanca à admettre des enfants souffrant de troubles, tout en lui proposant une prise en charge gratuite deux fois par semaine. Actuellement, il est en phase d’observation d’une semaine dans cette école. Son inscription définitive n’a pas encore été décidée.

De nombreux enfants comme Amine, issus de familles modestes, ou dont les parents sont illettrés, vivent le même cauchemar. Rejetés de partout, ils n’ont plus aucune chance de s’insérer en société. Les parents dont la bourse est bien trop maigre n’ont d’autre choix que de garder leurs enfants à la maison, tout en étant incapables de les surveiller 24h/24. Leur vie se transforme souvent en calvaire.

                                                                                   

De quoi parle-t-on?

Les cas d’hyperactivité nécessitent parfois l’accompagnement de plusieurs experts, comme un psychomotricien, un pédopsychiatre, ou encore un orthopédagogue (Ph. A. NA)

Ce que de nombreuses personnes ignorent, c’est que l’hyperactivité n’est pas volontaire. Elle résulte d’un trouble de sécrétion de ce que l’on appelle les neurotransmetteurs. Il s’agit d’agents responsables de la transmission des informations dans le système nerveux, ainsi que de la régulation des réponses émotionnelles et du comportement.

L’enfant hyperactif a souvent du mal à hiérarchiser l’information reçue. Il est impulsif, agité et présente des troubles du comportement. Certains cas sont accompagnés d’une forme d’autisme ou de déficit de l’attention. Incompris, rejetés de leur entourage et non accompagnés, certains enfants sombrent dans l’agressivité. Leur cas se détériore gravement avec le temps. D’où l’importance d’une prise en charge précoe.

La plupart du temps, ces enfants se voient prescrire un traitement chimique. Mais les effets secondaires peuvent être ravageurs. Les médicaments pris, même s’ils ont le mérite de les calmer, peuvent inhiber leurs facultés d’apprentissage. Le dosage doit être soigneusement étudié par le médecin traitant.

Des études montrent qu’une alimentation saine peut s’avérer bénéfique. Il est conseillé d’éliminer les additifs chimiques, soupçonnés d’agressivité envers le système nerveux, comme les colorants, arômes… Et de favoriser un régime privilégiant les aliments naturels. Certains pointent même du doigt le gluten et le lait de vache.

Pour diminuer la sur-sollicitation du système nerveux des enfants, il est aussi recommandé de les écarter des écrans. Des activités sportives peuvent, en parallèle, les aider à dépenser leur énergie. Les parents doivent les soumettre à un emploi du temps bien organisé et à des règles de vie précises.

 

Retrouvez cet article sur le site L'Economiste
vous devez saisir un titre
vous devez saisir le corps de l'article