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«L’enseignant est souvent seul devant l’enfant hyperactif»

«L’enseignant est souvent seul devant l’enfant hyperactif»

Zhour Le Qouider, présidente de l’Association marocaine des troubles et difficultés d’apprentissage (AMTDA): «Quelques rares écoles privées acceptent les enfants présentant des troubles, mais elles sont aujourd’hui débordées. Elles ne peuvent accepter tout le monde. Dans le public, les enfants finissent par abandonner leur scolarité» (Ph. F. Al Nasser)

- L’Economiste: Votre association reçoit aussi des enfants hyperactifs. Comment les accompagnez-vous?

- Zhour Le Qouider: Le pourcentage d’enfants hyperactifs que nous recevons est minime par rapport au total des effectifs que nous recevons. Mais les cas sont de plus en plus nombreux. Dans les centres que nous avons placés dans des écoles publiques, nous commençons par le dépistage et le diagnostic par des spécialistes. La prise en charge est ensuite pluridisciplinaire: orthophonie, psychomotricité, psychologie pour les thérapies comportementales... Cela dit, les parents doivent être sensibilisés à ce trouble, et accepter l’enfant tel qu’il est, car c’est difficile à vivre. Il faut aussi expliquer la situation aux enseignants et aux camarades. L’enfant hyperactif est toujours rejeté, y compris par son entourage familial. Cela lui arrive malgré lui, il bouge trop, court dans tous les sens et ne calcule pas les risques de ses actes. Ce sentiment de rejet se transforme en agressivité.

- Quel traitement leur réserve généralement l’école marocaine?
- Dans la majorité des cas, ce sont des enfants renvoyés de leur école, qui ont déjà fait le tour de plusieurs établissements privés. Dans le public, ils passent de prof en prof, et subissent en plus un châtiment corporel. Naturellement, ils ne terminent pas leur scolarité. Ils ne dépassent pas la 6e année du primaire.
Quelques rares écoles privées à Casablanca accordent une chance aux élèves souffrant de troubles d’apprentissage, et mettent en place un accompagnement adéquat. Comme Al Baraka et Louis Bertrand (junior et collège et lycée). Nous y orientons les parents qui ne savent plus où aller, mais ces établissements sont malheureusement débordés, et ne peuvent accepter tout le monde.

- Comment devrait-on s’occuper de ces enfants?
- Quand un enseignant non formé se trouve devant un élève avec un trouble, pour lui, il s’agit juste d’un enfant insolent. Il n’a pas les outils pour le gérer ou l’aider. Même les parents tombent dans ce piège. A l’étranger, l’enseignant est assisté par un maître référent et une commission handicap à l’école. Chez nous, il est seul. Il faudrait une réelle politique du ministère, qui devrait aussi mobiliser les outils nécessaires. Car on ne peut imposer des directives sans donner les moyens de leur application. Au final, nous ne pouvons blâmer le corps enseignant, aujourd’hui dépassé, surtout que les troubles et difficultés d’apprentissage sont de plus en plus nombreux.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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